Wall Street n’évalue les sociétés qu’en fonction de leur marge

Par Jean Christophe Bataille

Charles Gave a mis en avant tout récemment le caractère élevé du ratio Cash Flow cumulé / PNB et la bonne santé de bon nombre d’entreprises américaines. C’est en effet cette capacité des sociétés à conserver leurs marges d’autofinancement qui rassure les investisseurs. Pour Wall Street la reprise économique est faible et va probablement continuer à etre soutenue par les banques centrales des pays du G7 qui vont maintenir leurs politiques monétaires accommodantes. « Compte tenu de l’affaiblissement des systèmes bancaires, le processus de reprise a besoin d’une hausse des prix des actifs pour que la dynamique fonctionne », écrit JPMorgan AM. Cette situation risque d’être entretenue par les décideurs politiques et bancaires aux USA. L’inflation est peu élevée pour l’instant et les marchés du travail sont peu porteurs. Tous ces éléments constituent, pour les opérateurs de Wall Street, un environnement favorable à de nouveaux gains de productivité et une nouvelle poussée d’appréciation des marchés actions des grandes sociétés internationales dont les structures s’adaptent au nouveau contexte.

La santé financière des entreprises s’appuie cependant sur des dégraissages massifs et une adaptation rapide au contexte depressif. Cela n’empechera pas les déconvenues lorsque les chiffres d’affaires diminueront si, comme nous le pensons, nous nous acheminons vers une dépression en  L ou en W. Les volumes de ventes resteront au mieux stables et au pire décroitront. La préservation des marges ne suffira pas. Le cercle vicieux du chomage, le nécessaire désendettement des acteurs privés et des états, la hausse inévitable de la pression fiscale et la baisse d’activité qui risque d’en découler ne peut alimenter la croissance des volumes d’affaire des sociétés. Que l’on soit déflationniste ou stagflationniste, force est de constater que le potentiel de croissance économique occidental n’est pas bon. Les émergents ne disposent pas aujourd’hui d’un niveau d’activité apte à faire grimper les PIB occidentaux par leurs achats. Ceci d’autant que leur volonté actuelle est de développer leur marché intérieur. Tout au plus parviendront-ils à augmenter la consommation de matières premières et à en faire grimper les prix après des années de sous-investissement.

Dans un premier temps la stagnation ou la baisse des chiffres d’affaires empechera toute velleité de franchissement du niveau 4200 par le CAC et 1250 pour le SP 500 mais tant que les investisseurs n’anticiperont pas une nouvelle baisse des PIB mondiaux les cours ne plongeront pas. Ce moment pourrait toutefois survenir plus tôt qu’on ne le croit.

2 réflexions au sujet de « Wall Street n’évalue les sociétés qu’en fonction de leur marge »

  1. Un des éditoriaux du FT d’aujourd’hui aborde exactement le même sujet mais développe un point de vue différent.

    http://www.ft.com/cms/s/0/f035ae2c-cd60-11de-8162-00144feabdc0.html?nclick_check=1

    Selon cet article, la réaction des entreprises (dégraissages, gel des investissements et de la production) a été brutale et massive, bien au-delà de ce qui était nécessaire pour faire face à
    l’érosion de la demande, due à la nécessaire augmentation de l’épargne des ménages (aux US), qui est sans doute un processus nettement plus lent et progressif.

    Personnellement, j’en suis assez convaincu pour l’avoir vu dans mon propre secteur (les télécoms). La crise n’avait quasiment pas d’effet immédiat sur le chiffre d’affaire des gros opérateurs (la
    demande en services de télécom est quand même très peu liée à l’offre de crédits), mais le management a quand même réagi en fermant instantanément tous les robinets, avec impact immédiat sur le
    chiffre d’affaire des fournisseurs. Résultat des courses, nos bénefs sont encore meilleurs !

    Cette expérience a fini de me convaincre du bien-fondé des politiques contra-cycliques.
    Les entreprises privées se comportent exactement comme le spectateur de la salle de cinéma qui entend crier « au feu »: elles se ruent toutes ensemble vers la sortie, comme un seul homme.

    Il n’y a que l’état qui à ce moment-là a la capacité de faire l’inverse pour endiguer la panique et éviter le replay du Heysel.

    Donc l’auteur s’attend à court terme à un déficit de l’offre du à la réaction excessive des acteurs économiques face à une demande qui va décroitre plus lentement et sur une échelle de temps plus
    longue.
    Il en déduit une possible inflation (par excès de demande par rapport à l’offre), et de bons résultats à venir des entreprises (vu l’ampleur de la purge qu’elle ont faite).

    C’est assez spéculatif, mais il me semble qu’on ne peut ignorer ce point de vue, à court/moyen terme.

    Par contre, je pense effectivement que sur le long terme les USA devront accepter de vivre la même chose que ce que les européens connaissent bien: faible croissance, chômage structurel élevé.

  2. Bonsoir Marc.

    Assez d’accord avec ton raisonnement, sauf sur l’inflation possible par la demande, du fait de cette anticipation effectivement excessive et destructrice d’emplois.
    Je pense qu’en cas de hausse brutale de la demande, ce qui somme toute serait une bonne nouvelle, la production se réajusterait très vite, trop vite pour laisser aux prix le temps de monter.
    Bien sur, la rapidité de fabrication d’un produit fini varie en fonction du « type de chaine » mais les sociétés ont pris l’habitude de travailler en flux tendus et d’adapter les cadences, en
    particulier avec plus de 10% de chômeurs qui n’attendent que ça.

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