Le Quantitative Easing n’augmente pas l’endettement des états

Paul-Krugman

Les achats d’obligations souveraines du Quantitative Easing sont accusés par certains d’augmenter la dette publique. Ce n’est pas exact puisque les acquisitions se font sur le marché secondaire. Il est vrai en revanche que libérer le marché secondaire, peut inciter les états à réaliser au delà du raisonnable des émissions d’obligations nouvelles à des taux très bas.

Dans les faits, les opérations de monétisation de la dette augmentent le bilan de la banque centrale et accroissent la masse monétaire avec de la monnaie créée à partir de rien. Quand le Quantitative Easing augmente la masse monétaire globale de 50 %, les dettes, et l’ensemble des biens, des services et des revenus du pays concerné, s’en trouvent dévalorisés de 33.33 % si leur quantité globale ne grossit pas. Il y a bien dans ce cas, une fois et demi plus d’argent en circulation pour les payer ou les couvrir.

Si de nouvelles dettes sont créées dans la limite d’un bon contrôle budgétaire, le Quantitative Easing les dévalorise dans le même temps en monnaie constante puisque la masse monétaire a pris plus l’ampleur que le volume de dettes générées.

La quantité de biens, de services et de revenus grossit également moins vite que la masse monétaire dans l’économie actuelle. Les prix faciaux pour les biens, les services et les revenus sont donc sensés augmenter en proportion de la masse monétaire. Si cela ne se réalise pas immédiatement, c’est tout simplement parce qu’il existe des trappes à liquidités et que la cinétique monétaire réduite dans un environnement récessif et pré-déflationniste freine la circulation de la monnaie.

En revanche, à moyen terme, lorsque la cinétique monétaire augmente, le dévalorisation de la dette en valeur réelle se développe. Dévaloriser la monnaie en valeur constante par l’achat de dettes en créant de la monnaie permet donc, tôt ou tard, à la dette de diminuer en monnaie constante. Cela n’a de sens que si les états émetteurs n’en profitent pas pour émettre plus de dettes qu’ils ne produisent de richesses. C’est tout l’enjeu des pressions faites par l’Allemagne auprès de ses partenaires sur le contrôle des budgets et les réformes de structure.

La clé de la réussite de la monétisation dans le contexte d’un budget équilibré est de l’appliquer en quantité suffisante pour augmenter la cinétique monétaire et faire ainsi monter le prix des actifs, induire un cercle vertueux, montée des prix et des revenus, augmentation des recettes fiscales et amélioration des possibilités de maîtrise des équilibres budgétaires en monnaie courante. C’est à cette seule condition qu’elle peut faciliter le désendettement des états et acteurs privés en monnaie courante.

Pour cela, il faut toutefois un choc inflationniste significatif pour que la valeur courante des biens et des services augmente d’au moins deux pour cent par an (plus en réalité), cible actuelle des banques centrales. D’où les volumes considérables engagés dans les différents programmes d’expansion monétaire pour cultiver une inflation sans laquelle les dettes vont se renchérir et devenir irrécouvrables, occasionnant une crise systémique majeure bien plus grave que la crise de 1929 si l’on tient compte des leviers en jeu. Cela explique la politique ultra expansionniste de la BOJ qui, engluée dans la déflation depuis 30 ans pour avoir commencé 15 ans trop tard et de façon très insuffisante le traitement non conventionnel de sa bulle immobilière, ne cédera plus sur la cible d’inflation au Japon. La BOJ ne se fixe, aujourd’hui, plus de limite pour rétablir un environnement inflationniste adapté. Elle a pour moi parfaitement raison.

Le risque bien identifié de cette politique est de voir l’inflation enfler et devenir incontrôlable. Cette incertitude justifie pleinement la détention d’or physique. C’est ce débat sur les risques d’inflation de sortie de crise qui prévaut aujourd’hui à la FED et conditionne le calendrier de la prochaine hausse des taux. C’est aussi devenu la crainte des allemands en Europe.

La précision du pilotage monétaire de la FED est toutefois impressionnante si l’on s’en tient aux statistiques économiques : croissance du GDP à 3.5 %, taux de chômage à 5.8 %, NFP à 214 k et une inflation qui se normalise sans excès pour l’instant.

Bien sur, on peut contester les chiffres, prédire le pire pour le futur, mais force est de constater que l’Europe qui a tardé à mettre en place une monétisation significative est en bien plus mauvaise posture que l’Amérique. Quand on voit l’évolution récente et très favorable des méthodes non conventionnelles de Ben Bernanke sur l’économie des USA, on comprend qu’on ne doit pas, non plus, en utilisant des discours simplistes, prendre les banquiers centraux pour des imbéciles, et qu’il faut plutôt écouter Krugman que ressasser Hayek.

Copyright 2015 Jean Christophe Bataille. Reproduction interdite.

31 réflexions au sujet de « Le Quantitative Easing n’augmente pas l’endettement des états »

  1. Merci pour ce cours sur le quantitative easing !

    Sa mise en place en UE risque d’être assez longue et les négociations avec l’Allemagne vont être féroces.

  2. Moi ce que je vois c’est que le pouvoir d’achat d’un même capital a été divisé par trois en dix ans avec l’euro (et ne parlons pas ce qu’a fait le dollar en cent ans …), que les gens rament au quotidien, et que ce ne serait jamais arrivé sous un standard-or appliqué correctement. C’est du vol organisé, rien d’autre. Là, maintenant, c’est le keynesianisme élaboré du dosage pour tenir le coup alors que ça gronde dans les chaumières. J’ai cette doctrine mafieuse en horreur qui consiste à appauvrir tout le monde pour enrichir tout le monde. C’est ce qu’elle fait depuis ses débuts. Ton truc de l’inflation, qui est un impôt supplémentaire, pour désendetter les états ne marchera de toute façon pas parce que là les gens commencent à s’énerver. On est déjà très au-delà de ce que les Etats sont en droit de leur demander de supporter.

  3. Je vais laisser les traders de Futures conduire les trades engagés sans donner systématiquement mes positions. Le but n’est pas de copier systématiquement un trader mais d’apprendre à trader correctement. Quelques conseils néanmoins :
    – le dollar commence à être suracheté et a besoin de respirer bien que les fondamentaux soient baissiers.
    – Difficile de dire si la consolidation en cours va être forte ou pas, donc adaptez vos positions ce soir pour pouvoir l’encaisser sans exploser.
    – pas de panique non plus, il suffit de sortir des gains et des pertes pour diminuer le nombre de positions et faire baisser votre levier s’il est trop fort et si vos positions sont trop près des prix.
    – L’important c’est de ne pas exploser en vol alors que le potentiel de baisse de EUR et de JPY reste fort.

  4. Pourquoi les gens acceptent-ils encore de participer à ce simulacre d’un système économique et monétaire soi-disant valable alors qu’il suffit aux Etats de produire à partir de rien l’argent des taxes qu’ils prélèvent. A moins d’inscrire l’esclavage à grande échelle à l’Unesco, je ne vois pas pourquoi ça perdurerait.

    C’est la fin des accords de Bretton Wood appliqué à tous : "nous imprimons tout l’argent dont nous avons besoin et vous travaillez pour nous payer tout ce que nous nous achetons, pour votre bien, bien entendu…". Ce système a dépassé ses limites. Non seulement les Etats prétendent monétiser à tout va mais en plus ils augmentent les taxes, en suivant l’inflation réelle n’est-ce pas.

    Le système keyneisien est parfait pour nous faire prendre des vessies pour des lanternes ; les autorités qui ont négocié les accords de Bretton Wood le savaient déjà parfaitement bien. Ca allait jusqu’à effacer les lignes donnant un rôle à l’or dans les couloirs juste avant les signatures. C’est allé jusque là. Quelques lignes qui ont décidé du destin du monde : "Vous pouvez signer les yeux fermés, tout est pour le mieux".

    Quand on étudie la crise de 29, on s’aperçoit que les banquiers et les initiés étaient à peine moins malhonnêtes qu’ils ne le sont actuellement, et que la déréglementation les soutenait dans leur peine pour faire les poches des gens tout aussi efficacement qu’aujourd’hui.

    C’est le système monétaire qui est malhonnête : il repose sur du vent, et j’espère que les Suisses auront gain de cause. Le premier pays à revenir au standard-or créera une réaction en chaîne et il n’y a aucune raison pour que cela ne se produise pas. Si ce n’est pas la Suisse, ce sera un autre pays.

  5. Ouverture en gap baissier sur le dollar ce soir. Mes objectifs EUR USD sont désormais nettement sous 1.20. Les divergences de politique monétaire vont profondément pénaliser l’EUR. Le dollar devrait rester le meilleur refuge pour encore 1 ou 2 ans. La consolidation actuelle devrait atteindre son plus haut en moins d’une semaine. Le cross devrait ensuite trouver de nouveaux plus bas. Il faut s’attendre à une volatilité bien plus forte que celle que nous avions en début de tendance baissière avec des remontées importantes du cross. Le levier doit être maitrisé et les positions placées le plus haut possible dans les consolidations. La technique d’entrée sur break out devrait être plus dangereuse. Les positions doivent désormais être prises en fin de consolidation. Pour le JPY, le chemin à courir est également important mais il est actuellement suracheté. Sa tendance reste à la conso horizontale ce soir. Pour que ses niveaux de range soient conservés, le cross ne doit passer sous 114.27 sur plus de un chandelier.

  6. Bonjour,

    J’ai toiletté et sécurisé mes positions ce matin. Stop break even partout et pas de position en perte. Le levier a baissé de 28 % mais le trade est safe à 100 %. Le range USD JPY a été franchi à la baisse ce qui est un signe de poursuite de la consolidation.La volatilité augmente, il faut l’absorber sans prendre aucun risque. La marge est à 14 %

  7. EUR USD bute sur 1.2470. En revanche le biais reste baissier en M30 sur USD JPY. Je reste d’une prudence extrême dans cette conso car même si on repart rapidement à la hausse une nouvelle conso risque de se manifester. Les traders sont saturés de dollars. J’achète du dollar à la hausse mais je le revends en break even lorsqu’il rechute. Il faut que le marché s’assainisse un peu. Il y a eu récemment une belle divergence baissière du RSI en H4 sur USD JPY qui m’a poussé à sécuriser totalement mes positions. Il faudrait que le RSI repasse nettement sous 70 pour retrouver un peu de sécurité. Je garde cependant toutes mes conviction baissières sur EUR et JPY contre USD.

  8. Après nettoyage sans gain ni perte, il me reste 4 positions bien placées et en Stop BE. Pas de risque ! Doji en M30

  9. Foutaise….. C est delamarche qui a raison… Et ce depuis le debut… C est peut être un très mauvais Trader puisque il ne gagne pas d argent sur les marchés mais lorsque le grand crack des actions se produira alors vous direz tous mais oui bien sûr on le savais…. C était previsible… Tous ces QE ont fait gonfler la bulle qui ne pouvait qu exploser en vol un jour ou l’autre….. Et lorsque l’inflation sera incontrôlable et que l hyperinflation détruira les monnaies vous direz tous mais oui évidemment on le savait c était prévisible… La FED a tout essayé, elle a retardé l effondrement mais tout cet argent crée ne pouvait que débouché sur une inflation incontrôlée…. En attendant bravo, à court et moyen terme vous faites un boulot incroyable en faisant fructifier les placements judicieux mais ne vous y trompez pas la bulle explosera, les banquiers centraux seront responsables et l inflation détruira les monnaies….

  10. Je ne crois pas du tout que Delamarche souhaite la fin du monde… Il a une vision et il s y tient et l avenir lui donnera raison… Il se contente d analyser c est tout. Et il n est pas le seul.. Même dessertine vient de dire que ça mal se terminer. La bourse ne tient qu à un fil et ce fil c est le dollars qui le soutient. Et le dollars est une monnaie de singe qui ne perdure que par la confiance qu on lui accorde et par la manipulation des cours de l or. Aujourd’hui hui avéré ça ne fait plus l ombre d un doute.

  11. La consolidation pourrait ne pas être terminée. On vérouille toutes nos positions en Stop break even. Je garde comme objectif possible 1.26 pour EUR USD. Objectif beaucoup plus difficile à préciser pour USD JPY : 113.25 ?…

    • Keiser ne le laisse pas faire passer son message parce que Keiser est résolument contre le standard-or. Il fait même de la pub pour le bitcoin. De sa part, c’est à n’y rien comprendre.

  12. 200 milliard de dollars déversé tous les trimestres sur les marchés pour éviter le krach non mais franchement combien de temps va durer cette mascarade… C est tellement sidérant, hallucinant, délirant… On vie dans dans un monde dingue, c est évident que ça ne va pas tenir et qu on se dirige vers un cataclysme sans précédent.

  13. J’aurais mieux fait de me taire.

    Escalade militaire en Ukraine. Heureusement qu’on a la ligne Maginot … .

    Déjà 7h00, je vais sonner le clairon et réveiller JC, je l’entends ronfler d’ici :-D

  14. Bonjour à tous

    USD JPY a profité de notre sommeil pour fait un beau rally. C’est le problème des paires du pacifique. On n’est jamais la quand les stats tombent. On pourrait avoir plus de levier mais en l’absence d’infos au bon moment, le risque est grand de se prendre une conso létale. On laisse porter tout ce qu’on a déjà et on verra à quel moment on renforce.

  15. Pendant qu’on discute inflation déflation, j’ai pris 11 positions sur EUR USD entre 1.2415 et 1.2410. Les bulls se battent mais progressivement le cross tombe sous 1.24

  16. retour sur les écrans après une petite pause de 24h.
    @jérome, Delamarche a fait perdre beaucoup d’argent à son fond. Personnellement je juge les gens à leur résultats. Delamarche est bon pour faire de l’audience. C’est le bouffon de BFM. mais ne suivez surtout pas ses conseils pour votre patrimoine!

  17. Moi aussi de retour et je viens de shorter copieusement EUR USD au dessus de 1.2450. J’attends une chute autour de 115.30 pour charger en USD JPY.

  18. Bonsoir à tous,

    Peu présent aujourd’hui. j’ai ce soir procédé à l’approche de 1.24 à des prises de bénéfices sur les positions hautes de EUR USD et basses de USD JPY pour diminuer mon exposition et j’ai mis en break even les positions proches des prix. Les incertitudes sur le PIB US me conduisent à ne pas prendre de risques. Par ailleurs, la tendance à la hausse du dollar a perdu de sa force. Il convient de se préparer à une consolidation en base mensuelle. J’en reparlerai dans mon prochain article.

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