Comment le Quantitative Easing 2 va-t-il faire évoluer les indices ?

Par Jean Christophe Bataille

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Les habitués de la blogosphère économique et financière savent qu’actuellement le pourcentage de cash détenu par les gérants est historiquement faible aux Etats-Unis. Ce manque de liquidité devrait être un frein puissant à la hausse des actions. J’ai pronostiqué il y a plusieurs jours un retournement de tendance des indices et un retour dans le range 3800-3350 pour le CAC car les conditions graphiques en base hebdomadaire étaient en faveur d’une rechute. Le VIX instantané commencait à atteindre des niveaux propices au short des marchés actions. Force est de constater que le CAC ne suit pas pour l’instant l’évolution prévue, comme si l’action de la FED apportait une impulsion contradictoire. Etonnamment le VIX a stagné le 13 octobre alors que le SP 500 s’appréciait significativement. Cette divergence n’est pas normale.

En dehors de l’aléa accompagnant toute opération spéculative, l’action des Permanent Open Market Operations (achats direct d’actions par les primaries dealers) déjà décrite dans ce blog et surtout la perspective d’un assouplissement quantitatif constituent probablement de puissants freins à la baisse des indices actions. Le mécanisme anticipé par le marché est le suivant : la FED injecte des liquidités dans le compartiment obligataire par l’achat des dettes souveraines nouvellement émises. Ces liquidités sont recyclés par les gérants qui vendent de l’obligataire plus ancien pour garder une pondération obligataire identique dans leur portefeuille. Le cash dégagé est évidemment utilisé pour acheter des actions le plus souvent de pays émergents ou de producteurs de matières premières. Ensuite la FED injecte des liquidités dans un système bancaire primaire devenu quasi institutionnel afin que celui-ci augmente son allocation en actions américaines par la procédure des Permanent Open Market Operations.

Les bourses occidentales actuellement épargnées par les médias singent (plus ou moins) Wall Street en faisant grimper leurs indices. Ce type d’évolution produit une hausse du prix des actions de tout poil (biens tangibles) par inflation monétaire stricte et une protection artificielle des taux longs (dette). Dans ce contexte, l’analyse graphique, les indicateurs de sentiments perdent une partie de leur sens car il faut intégrer en permanence l’inflation monétaire dans l’évolution des cours. On peut observer le même phénomène avec l’évolution du prix des matières premières et des métaux précieux en dollars. Le pétrole monte depuis l’annonce de nouvelles mesures conventionnelles aux USA alors que la consommation n’a pas significativement augmenté. L’or culmine à 1390 $ en sortant de façon très étonnante de ses bornes graphiques alors qu’il n’y a pour l’instant aucune évolution vers une hausse des prix à la consommation. La dimension monétaire devient un élément fondamental dans l’analyse des valorisations.

J’en tire deux leçons sans préjuger de l’évolution des indices la semaine prochaine qui peuvent prendre le chemin de la baisse comme de la hausse :

– La première répétée cent fois sur Futures : les actions se dévaloriseront en monnaie constante même si elles peuvent s’apprécier en monnaie courante dans le futur. Celles concernant l’or, les matières premières, les émergents et les actions à fort rendement pérenne se dévaloriseront dans une bien moindre mesure et constituent des placements de mise à l’abri.

– La deuxième répétée encore plus souvent à Wall Street : « don’t fight the FED ».

Nous attendrons donc probablement l’élection de mi-mandat US pour reprendre le trading en UT longue afin d’évaluer la quantité de dollars injectée sur un mode non conventionnel. Je ne crois pas, contrairement à ce qu’on entend, qu’il sera limité. Les échéances des crédits ARM et commercials, les centaines de milliers de saisies qui sont remises en cause par la justice américaine, la quasi faillite de certains états US sont probablement les vraies raisons du prochain Quantitative Easing. La Fed a certainement compris bien avant tout le monde que l’assouplissement quantitatif ne relançait pas l’économie mais permettait d’éviter les faillites en série, qu’elles soient publiques ou privées, en produisant de l’argent gratuit.

9 réflexions au sujet de « Comment le Quantitative Easing 2 va-t-il faire évoluer les indices ? »

  1. Bonjour Jean-Christophe,

    J’ai l’impression que cette histoire de saisies remise en cause par la justice américaine est une BONNE nouvelle pour la Fed. Ca permet de desendéter les menages (si j’ai bien compris, leur
    hypothèque va être annulée) et donc de relancer le crédit et pas voie de conséquence la consommation. Pour les banques, pas de problème : elle seronts renflouées par la Fed. C’est les
    épargnants qui vont payer.

    Simon

  2. http://www.objectifeco.com/economie/economie-politique/article/foreclosuregate-synthese-pour-y-voir-plus-clair-dans-un-gigantesque-scandale-financier

    J’imagine que Simon veut dire que les ménages pourraient arreter de payer leur mortgage et depenser l’argent de leur remboursement mensuels dans la consommation. Sauf qu’ils risquent quand meme
    de l’épargner pour une partie. De plus, c’est ultra négatif pour le marché de l’immobiilier (qui voudrait acheter maintenant sachant qu’il ne sait pas ce qu’il achete?), donc pour le PIB, et les
    banques ne risquent-elles pas de préter moins qu’elles ne le faisaient alors, sachant que leur balance sheet n’étaient déja probablement  pas en grande forme avec leur ‘mark to fantasy ».Je
    n’irais pas ALL IN sur le secteur bancaire à ce point.

     

  3. Bonsoir Tyler,

    Pour moi, ça va surtout accélerer la photocopieuse à billets pour maintenir cet accès au crédit que sont les grosses banques. Pour le reste, concernant la croissance et le désendettement, je vais
    plus loin que toi, je ne mets pas un sous sur les actions américaines. Il n’y en a d’ailleurs pas dans le forecast. Des valos désormais élevées et trop d’incertitude sur la croissance US et le
    dollar.

  4. Bravo JCB pour cette analyse pertinente que je partage.

    Je pense aussi qu’on y verra beaucoup plus clair après les élections américaines du 2 novembre.

    Bonne fin de WE

  5. http://www.etf-corner.com/markets/2010/10/spyxlf-financials-missing-.html

    Plus haut pour le marché, mais pas de plus haut pour les bancaires émericaines : ca sent mauvais.

    Avec les marchés émergents (hormis la Chine) qui commencent à partir en bulle (comme l’Indonésie, surtout du à l’appréciation de leur monnaie vis à vis du dollar,) et l’envolée parabolique des
    métaux précieux ou de l’agriculture ces 3 derniers mois, il devient de plus en plus difficile d’investir pour un simple investisseur dans un marché complétement déconnecté des fondamentaux et
    corrélé avec  leviers  au mouvement du dollar. Benny, en bon chef de casino, et pour faire plaisir à ces drogués du jeu, Wall Street, crée une multitude de bulles en dévaluant le cash
    avec sa gigantesque couscouscière.Avec les perspectives décrites par JC,  J’ai bon espoir d’un retour en 2011 vers 900-950 sur le s&p avant de me débarasser d’une majorité de mon cash et
    d’aller jouer , moi aussi, sur les machines à sous asiatiques. Car, sur ces niveaux, Benny sifflera probablement la fin de la récré …

  6. Bonjour Tyler,

    Merci pour ce lien précieux. Je le reposte cliquable : http://www.ritholtz.com/blog/2009/08/aftermath-of-secular-bear-markets/

    Belle étude sur les bear markets qui tient compte de l’inflation monétaire le plus souvent mise en place.

    Toutes les commos grimpent actuellement. Le niveau parait désormais bien haut pour rentrer long terme, sauf à spéculer en trend following. Reste à trouver les bons véhicules. Perso, j’aime bien
    les mines tant que l’energie ne flambe pas.

    Autre piste d’investissement : investir dans les actifs les plus délaissés aujoud’hui.

  7. En complément, je poste la courbe de la croissance des money supplies $.

    [lien vers l’image >>]

    La courbe M3 est une estimation de Shadowstats. Elle redresse la tête mais ils la jugent encore négative depuis un an environ.

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