Comment définir une tendance boursière à moyen long terme ?

Par Jean Christophe Bataille

Je parle depuis plusieurs mois de tendances et explique fréquemment qu’un investissement ou une spéculation a plus de chance de réussir dans la tendance que contre elle, ceci quelle que soit l’unité de temps. Ca ne veut pas dire que chercher à identifier un retournement est une activité sans intérêt. Cela signifie que cette dernière forme d’investissement ou de spéculation a moins de chance de réussite. C’est ce que les anglo-saxons résument par le postulat « Trend is your friend ». La question que vous vous posez, une fois ce principe admis est celle de savoir dans quelle tendance se situe un marché. Au risque de déplaire à bon nombre d’analystes techniques, dès que je veux définir une tendance moyen long terme, mon instrument préféré n’est pas le panel d’indicateurs exhibés régulièrement dans les différents articles sur la bourse mais le simple bon sens. Cette conviction m’est venue au fil du temps : trop de technicité tue l’intuition et la réflexion. L’indicateur ne vaut que pour les informations qui ont servi à l’élaborer, pas pour le chiffre qu’il fournit.
Pour exemple, étudions une tendance longue :

La tendance longue de l’or.

On me demande souvent pourquoi je suis haussier sur l’or à long terme. Je fournis alors une première réponse : parce que ca fait 8 ans que ça dure ! Vous voyez, c’est plus simple qu’on ne le croit et c’est imparable ! La tendance est haussière, c’est un fait. Quand va-t-elle s’arrêter ? On s’en fiche pour l’instant car la tendance longue est définie. Je peux donc investir avec des véhicules long terme comme l’or physique dans cette tendance et j’en profiterai tant que celle-ci durera. Là encore, c’est très simple.

Vous aller me dire qu’il est fondamental de savoir combien de temps nous devons rester positionnés. Effectivement mais la question à se poser n’est pas de savoir quand la tendance va se retourner mais quelles raisons pourraient la pousser à changer parce que bien évidemment nous ne faisons pas partie des décideurs planétaires et en l’occurrence, c’est d’eux que dépend ce changement, pas de nous. Toute prévision de temps et de niveau est donc extrêmement difficile à appréhender car cela consisterait à prédire les décisions que pourraient être amenés à prendre des gens dont on ne connait pas les intentions. En revanche, on peut assoir nos prévisions sur l’intérêt qu’ils ont à prendre certaines décisions ou les contraintes qui peuvent les conduire à telles ou telles actions .

Raisonnons sur les faits. L’or grimpe parce que de la monnaie a été émise en excès sous forme de crédits. La monnaie doit être produite proportionnellement à l’évolution de l’activité économique. En cas de création monétaire excessive, le prix des biens monte artificiellement et la monnaie se déprécie. L’or qui est l’actif tangible par excellence, est réparti un peu partout dans le monde et son volume global évolue très peu. Son antique caractère monétaire et son identité de métal précieux en font un des recours principaux avec les matières premières contre cette dévalorisation lente des monnaies. Quand la tendance haussière sur l’or disparaitra ? Tout simplement quand les raisons que je viens d’exposer disparaitront, c’est à dire quand les décisions des hommes politiques et des banques centrales iront dans le sens d’une revalorisation des monnaies fiduciaires. On peut en lister quelques unes : montée des taux courts, arrêt des mesures non conventionnelles, retour d’un système monétaire à réserve pleine, réduction des injections de liquidités dans le système bancaire, arrêt des soutiens à la croissance, etc … Je pense personnellement que la bonne décision à prendre serait de réduire les distorsions paritaires puisque ce sont elles qui sont à l’origine de la surproduction de monnaie en occident, mais ce n’est pas le débat. Je fais le pari que tout ça n’est pas pour demain puisque cette valorisation normale des monnaies implique une déflation, c’est à dire une dévalorisation faciale de tous les biens. Je fais ce pari que l’inflation monétaire va se poursuivre parce qu’il y a beaucoup plus de biens que de cash dans le monde et que les décideurs sont dans l’immense majorité des cas des possédants. Rajoutons à cela que comme beaucoup de gens, ils se sont endettés et que pour eux une spirale déflationniste, ce sont des mensualités qui restent fixes, un revenu qui baisse et la valeur faciale du bien acquis qui s’effondre. Je fais enfin ce pari parce que l’histoire a prouvé, en particulier dans les années 30, que le malheur des riches ne faisait pas le bonheur des pauvres, au contraire ! La baisse d’activité qui accompagne une déflation est terrible. Comment imaginer dans ces conditions que les décisions politiques vont changer ?
Voila comment je définis la tendance longue de l’or : par une réflexion basique, sans étude de courbes compliquées ni indicateurs sophistiqués. Je ne sais pas si c’est la meilleure mais c’est celle qui me convient. Et je sais qu’historiquement toutes les grandes crises se terminent avec des monnaies dans un tel état que l’once d’or vaut presque le Dow Jones. C’est l’horizon que je me suis fixé.

Si nous raisonnons sur une unité de temps plus courte, la tendance haussière de l’or peut être émaillée de replis. Il faut alors reprendre le même type de raisonnement pour en déduire les causes et les échéances approximatives. Celles-ci sont bien évidemment différentes de celles évoquées à échéance plus longue.

Pour les lecteurs qui veulent bien se prêter à ce jeu dominical, quelle tendance imaginez-vous pour les indices actions l’an prochain et quel raisonnement vous permet de la définir ?

16 réflexions au sujet de « Comment définir une tendance boursière à moyen long terme ? »

  1. Je vais pas me lancer pour faire des prévisions pour l’an prochain mais s’il y a des gens qui connaissent bien l’éco, je serais content d’avoir des avis sur ce qui va se passer sur les actions.
    Entre ceux qui disent que ca va baisser et ceux qui disent que la reprise est là, on ne sais plus quoi penser.

  2. A Scud,
    C’est vrai que les divergences sont nombreuses. L’appréciation des perspectives futures va en ce moment de l’optimisme maximum aux prévisions les plus noires. Un vrai casse tête pour l’épargnant.
    J’engage les lecteurs de ce blog à prendre de l’info sur de nombreuses sources pour se faire leur propre opinion en particulier lorsqu’ils ont un patrimoine significatif. Une erreur de gestion peut
    coûter très cher et les professionnels du placement ne sont pas toujours les meilleurs conseillers. Internet est un outil parfaitement adapté pour ça. J’ai commencé la bourse dans les années 80 et
    à part le Journal des finances, Investir, Les échos et La tribune sur papier, on ne bénéficiait d’aucun média financier prêt à contredire l’opinion générale. Quand on voit les erreurs qui ont été
    commises par ces journaux au début de cette crise, on est heureux de pouvoir consulter en ligne des sites iconoclastes comme contre-info par exemple que je conseille fortement pour le choix des
    articles qui y sont traduits.

  3. Bonjour à tous,
    Tout d’abord, longue-vie à ton site JCB.
    Je suis depuis quelques mois le site tropical et j’ai toujours apprécié tes interventions ainsi que celles de Daniela.
    C’est donc sympa de vous retrouver tous les deux ici.
    Bref, pour en revenir au sujet de la file, tu mentionnes le jdf dans ton article.
    Eux aussi ont un raisonnement de base loin des indicateurs et autres graphiques, qui consiste à dire que le point de chute privilégié des abondantes liquidités émisent par les banques centrales est
    le marché des actions.
    Donc en gros, tant que l’argent coule à flot, peut importe les problèmes potentiels.
    Oui, parce que la deuxième idée de base (dixit Roland Laskine) c’est que la bourse traite les problèmes les uns après les autres. Peut lui importe les nuages, tant que la pluie ne tombe pas.
    Plus le temps passe, plus je suis d’accord avec tout ça alors que je m’attends à une rechute des marchés à court ou moyen terme.
    Mon avis perso de petit investisseur sans grande expérience est donc que tant qu’aucune mauvaise nouvelle majeure ne tombe, les marchés vont continuer à grimper.
    Grande différence avec l’an dernier, c’est que tout le monde à le doigt sur la gachette.
    La volatilité lors de la semaine de consolidation l’a bien montré.
    Autrement dit il faut prévoir un plan de sortie rapide en cas de retournement et ne pas laisser trainer une seule ligne sans stop loss bien bien pensé sur le portefeuille (normal me diront les
    spécialistes :) ).
    Après être repassé un temps « tout liquide » et avoir manqué CAC3300->CAC3800 ce sera ma prochaine approche parce que si le marché veut monter… et bin il faut le suivre…

  4. Bonjour JCB,

    Donc si je traduis ta pensée tu reste haussier sur l’or à MT (1 an)….
    Dans ce cas, quel est le support qui te parait le mieux adapté pour jouer cette tendance ?
    Je me méfie toujours un peu des produits proposés par les banques (type certificat sur le gaz par exemple ou il y a derrière un contrat à terme qui est roulé tous les mois et qui revient finalement
    à rincer plus ou moins le petit épargnant).

    Toujours dans la liste de mes questions, si tu es haussier sur l’or, que penses tu des mines d’or. Je pense en particulier à Harmony Gold, qui semble etre une recovery dans ce domaine. L’evolution
    du Rand/Euro complexifie le débat….

    Bonne fin de week end à toi JCB et Bravo

  5. Merci Dex,

    Tu décris parfaitement le « trend is your friend » des anglo-saxons.

    Notons tout de même que la tendance sur les actions est beaucoup moins solide qu’auparavant. Durée et pente de l’ascension récente des cours, commentaire dans les médias, montée du VIX etc …

    La tactique qui correspond à spéculer sur l’or avec du levier est une autre façon de répondre au problème. L’or monte en effet avec les marchés et contre le dollar (et je dirai même en ce moment
    plus que les marchés) mais l’interet de l’or est qu’il devrait baisser moins que les marchés en cas de rechute des indices actions. Ca ne peut toutefois se faire que sur une faible partie de ses
    avoirs car il y a du levier.
    Les deux stratégies peuvent se cumuler.

  6. Bonjour Hervé,
    Je suis en fait haussier sur l’or à quelques années mais pense qu’un consolidation importante de l’or est possible avec une rechute des marchés actions. Tout le problème est que je n’ai pas
    l’échéance de cette rechute. Celle-ci peut se produire dans un an comme dans 15 jours. Regarde le flash spécial solennel de Pretcher, il y a un mois : il annoncait un chute imminente des marchés :
    nous sommes toujours à CAC 3800 ! La vérité, c’est que personne ne sait quand, mais en revanche on peut deviner que cela a de fortes chances de se produire et qu’il faut s’y préparer. C’est le sens
    de mon article sur les tendances. Sur une unité de temps plus courte même si les indices actions sont reflatés à l’impression massive de billet, on peut imaginer que les investisseurs (population
    versatile s’il en est) vont s’inquiéter de constater ce que nous attendons sur le plan macro économique : une reprise de conscience du risque systémique bancaire, une consommation qui risque de
    rester atone, la poursuite de la désindustrialisation de l’occident et la montée du chômage, la montée excessive et récessive sur le plan économique du prix de l’énergie, le risque de voir les
    émergents lâcher le dollar s’ils matérialisent un tant soit peu leur découplage, le protectionnisme qui en découlerait et provoquerait a la fois une stagflation majeure et une rechute de l’activité
    partout dans le monde et j’en passe … Donc plutôt des convictions évolutives qu’un calendrier qui finalement n’obéit qu’à lui-meme et se fiche totalement depuis 6 mois des indicateurs bousiers
    (ca ne veut pas dire que je ne les utilise pas non plus mais il faut relativiser)

  7. A Hervé,
    J’ai répondu aujourd’hui sur la question du support mines d’or dans un commentaire dans la file « Proposition de trading sur l’or » L’achat de mines d’or en direct me parait moins pertinent que celui
    d’un fond car il est plus diversifié et donc moins risqué, le fond est capable de hedger ses actifs et enfin de faire des choix de professionnel qui ne me semblent pas à portée d’un amateur à moins
    qu’il soit très très éclairé.

  8. bonsoir jcb
    j’envisage d’investir dans de l’or via gbs qui apparemment est garanti par de l’or physique dans des coffres,que penses tu de ce support?

  9. Bonsoir titi de mahé,

    Je donne la réponse que j’avais faite lors d’un article précédent :

    Une réponse qui est représentative de la méfiance générale envers l’or papier : Paulson qui a fait fortune en spéculant à la baisse sur les subprimes a pris ensuite d’énormes positions sur l’or. Il
    a en effet acheté 8,6% de l’ETF SPDR Gold Shares qui est assis sur 1 130 tonnes d’or physique. Soit 97 tonnes d’or. Paulson a récemment demandé la conversion de tous ses avoirs papiers en or
    physique. Les pays pétroliers l’ont imité immédiatement.
    Je n’ai aucun certificat GBS ni tracker en portefeuille. Je ne m’autorise que de l’or physique détenu dans un coffre bancaire, des actions de mines d’or ou des turbos gold en spéculation sur de
    courtes périodes.

    Je rajouterai qu’un ETF comme GBS prélève des frais de gestion. Ce n’est pas le cas de l’or physique et qu’une mine d’or permet un effet de levier sur les mouvement de l’or que ne donne pas un ETF.
    Ensuite le doute sur la contre partie en or physique en cas de crise majeure n’est pas levé.

  10. @JCB,

    Tu poses la douloureuse question des pronostics des variations futures sur les actions.

    Nous avons déjà échangé ensemble sur ce sujet et particulièrement sur l’éventualité d’une hausse des taux longs sur fond de course à l’épargne mondiale pour financer les déficits.

    Les différents pays auront plus précisément 3 options en 2010 pour financer/gérer leur déficit : l’inflation, la hausse des taxes ou la cessation de paiement. Dans tous les cas, les taux longs
    devraient s’apprécier.

    La conséquence sur les marchés actions sera violente, les rendements s’ajustant d’autant. C’est la raison pour laquelle dire que total ou FT peut difficilement baisser n’a seulon moi que peu de
    sens. Des taux longs à 20% comme dans les années 80 laisseront peu de place à des actions offrant des dividendes de 8%…

    Aujourd’hui, les nombreuses liquidités font baisser les rendements actions. L’élastique est donc en train de se tendre si les taux sont amenés à monter en 2010.

    Conclusion : je ne peux pas vous dire à quel niveau les marchés reviendront mais je serai très étonné que le S&P ne glisse pas d’au moins 50% en 2010 pour refleter « proprement » le niveau actuel
    des taux US 10 ans, à savoir 3,5%. Après, si les taux longs montent, il sera difficile d’exclure des baisses beaucoup plus importantes.

    Cédric

  11. Je parle souvent de la tentation protectionniste des occidentaux et de la parité Yuan Dollar. Ce sont les enjeux de l’année prochaine et ce sont ces deux élément qui vont véritablement construire
    la tendance. Un article très intéressant sur les négociations très rudes qui sont en train d’être conduites par la Chine et les USA. Cela permet de bien comprendre ce qui se passe :
    http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=b2f73651bcbae41bf4fe3cdc0434939e

  12. Bonjour jcb,

    je suis depuis deux ans titulaire d’un compte chez bullion vault. Pour l’instant rien à dire, j’ai envoyé du cash, récupéré une partie, fait des allers retours…
    Qu’en penses-tu, as tu des échos moins favorable. A titre d’info, la banque dépositaire de bullion est la lloyds (ce qui m’a fait un peu peur l’an dernier). Longue vie à ton blog

  13. Bonjour Asducreno,
    Le risque est effectivement la contre partie a cas de crise majeure. Quand on achète de l’or en protection contre une crise systémique bancaire ou une guerre, on peut se demander dans quel état
    pourrait être la Lloyd dans ce cas. Quelques lingots ou des napoléons dans un coffre sont plus surs. Et si c’est pour investir ou spéculer je préfère les mines ou les turbos.

  14. Bonjour Zebla

    Un désaccord pour moi sur la consommation chinoise : d’après le département d’étude de Carmignac, cette consommation représente désormais une partie importante du GDP. Je cite Eric le Coz :

    Les ventes de détail aux États-Unis ont atteint un record de 380 milliards de dollars par mois en novembre 2007. Aujourd’hui, le rythme mensuel est plutôt de 345 milliards. Dans le même temps, les
    ventes de détails en Chine sont passées d’un rythme de 110 milliards de dollars par mois à 150 milliards aujourd’hui. Ainsi, la consommation chinoise est loin d’être équivalente à la consommation
    américaine, mais sa progression, sa dérivée (+40 milliards), a plus que compensé la défaillance du consommateur américain (-35 milliards). Les chiffres de croissance de l’économie chinoise ne
    peuvent laisser de marbre, même les plus sceptiques. Un an après la crise, les résultats du plan de relance mis en place très tôt par le gouvernement sont éloquents. Les ventes de détail comme ceux
    de la production industrielle progressent de 16 % en rythme annuel. La conséquence est une remontée graduelle de l’inflation. Dans ce cas on ne parlera pas de mirage statistique. Une forte
    croissance de la masse monétaire, dans une économie où tous les rouages sont en état de fonctionnement, cela crée tôt ou tard de l’inflation. Je pense qu’à ce stade la Banque Centrale chinoise et
    le gouvernement méritent qu’on leur accorde crédit sur leur capacité à piloter judicieusement cette forte croissance. Le resserrement monétaire qui interviendra en Chine comme il vient de débuter
    en Inde devra être interprété positivement, comme un moyen de contrôler un possible emballement économique. De la même façon, le gouvernement chinois devra bientôt laisser sa monnaie se réévaluer
    progressivement face au billet vert.

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